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Mères & sport

Les conditions concrètes d’une reprise.

Mères & sport

La suite leur appartient.

Reprendre l’entraînement, repartir en tournée, retrouver la compétition. Trois sportives racontent les conditions de leur retour après la naissance d’un enfant.

Faith Kipyegon court sur une piste, en tenue rose et noire
Faith Kipyegon · visuel de collection, juin 2025. Photo : NIKE, Inc. · photographe non indiqué. Cette archive ne montre pas sa reprise de 2019.
Faith KipyegonKenya · AthlétismeReconstruire avant de recourir

Vingt minutes. Deux minutes à courir, une minute à marcher, puis recommencer. Au début de 2019, la première séance de reprise de Faith Kipyegon tient dans cette alternance. Elle a déjà remporté l’or olympique et un titre mondial sur 1 500 mètres. Pourtant, les jambes ne répondent plus comme avant. Elle racontera que cet effort lui a fait mal. Il lui faut repartir de là, avec ce corps qui vient de porter un enfant.

Sa fille Alyn est née en juin 2018, par césarienne. Elle prend huit mois de repos après la naissance, pendant lesquels elle allaite. Lorsqu’elle reprend, la fatigue accompagne les sorties. Le programme préparé par Patrick Sang tient compte de ce retour, mais certaines séances restent difficiles à terminer. Trois rendez-vous de renforcement par semaine viennent soutenir la reconstruction. Les progrès se font avant le retour du chronomètre et des applaudissements.

Une séance terminée ne clôt pas la journée. De retour à la maison, Faith aimerait dormir ; Alyn a besoin d’elle. La récupération et les soins à l’enfant doivent trouver leur place dans les mêmes heures. Des proches prennent le relais pour la garde. Dans cette organisation, le repos de la sportive dépend aussi du temps que d’autres peuvent lui donner. Derrière le mot entourage, il y a cette aide très concrète.

À cette première reprise, elle vit à Eldoret, où elle s’est installée pour bénéficier d’un soutien familial. Le camp de Kaptagat se trouve à environ quarante-cinq minutes. En 2019, elle rentre le soir auprès de sa fille. Plus tard, l’organisation change : lorsqu’elle revient sur son parcours en 2023, elle décrit les semaines passées au camp, du lundi au samedi, et le peu de temps restant avec Alyn. Son mari Timothy Kitum et Sarah, sa nounou, occupent une place essentielle. Avoir repris ne signifie donc pas avoir réglé une fois pour toutes la question de la séparation.

En juin 2019, à Stanford, elle gagne sa première course de retour. Puis vient l’argent mondial à Doha. Ces résultats racontent l’aboutissement d’un travail ; ils ne disent pas, à eux seuls, le prix des journées qui les ont précédés. Le suivi continue aussi après les médailles : avec Sang, la préparation sera encore ajustée au fil des saisons, notamment après une fracture de fatigue en 2019.

Alyn grandit avec cette vie particulière. Avant les courses, Faith et sa fille échangent : sa fille lui souhaite bonne chance et attend du chocolat au retour, ainsi qu’une médaille d’or. Une demande d’enfant, à hauteur d’enfant. Entre la piste et la maison, la championne poursuit son chemin avec une famille dont les besoins évoluent, et des relais qui rendent ce chemin possible.

Clarisse Agbégnénou sourit lors d’un entretien, en haut blanc
Clarisse Agbégnénou · IJF, août 2026
Photo : Nicolas Messner / IJF.
Clarisse AgbégnénouFrance · JudoUn deuxième retour, une autre histoire

En février 2023, à Tel-Aviv, le retour international de Clarisse Agbégnénou se prépare aussi dans les coulisses. Athéna, huit mois, accompagne sa mère jusqu’à la salle d’échauffement. Pauline, la mère de Clarisse, et Nadia, son agente, ont fait le déplacement. À côté du kimono et du programme des combats, il faut donc prévoir des bras disponibles pour un bébé. Cette présence demande une organisation et une place reconnue dans les espaces de compétition.

Avant les Mondiaux de Doha, Clarisse évoque la fatigue, l’allaitement à la demande, jour et nuit, et la force à retrouver. Elle explique avoir avancé progressivement, sans date de retour imposée au départ, accompagnée par ses soignants et entraîneurs. Ce sont ses conditions de reprise à cette période.

Le 10 mai 2023, elle devient championne du monde pour la sixième fois. Athéna est dans la salle. L’image est belle ; toute la préparation n’y tient pas. Les déplacements de la famille, la présence de son agente et l’accès du bébé aux coulisses ont aussi participé à rendre ce retour réalisable. La question dépasse alors la seule volonté d’une championne : qui peut accompagner une sportive, et où son enfant peut-il être accueilli ?

En 2026, une nouvelle naissance ouvre une autre étape. Son fils Dakota arrive le 11 mars. Au printemps, son entraînement comprend des séances adaptées de yoga, de natation et de renforcement. La reprise passe par plusieurs formes de mouvement avant de retrouver pleinement le combat. Ce deuxième parcours ne se confond pas avec le premier : Clarisse est désormais mère de deux enfants.

À Lausanne, fin août, elle remporte le bronze. Son père est mort quelques semaines après la naissance de Dakota. Elle racontera avoir contenu son émotion pendant la compétition, avant qu’elle ne revienne au gong final. Joie et deuil accompagnent ce retour. Une sportive peut reprendre son métier sans que tout le reste de sa vie soit apaisé.

Sa fille, elle, cherche à comprendre les médailles : pourquoi sa mère a-t-elle gagné du bronze, tandis qu’une finaliste battue reçoit l’argent ? Clarisse lui explique les résultats. Le judo devient aussi cette conversation entre une mère et son enfant. La sportive demande un meilleur accompagnement de la maternité. Son histoire donne à cette demande un contenu précis : pouvoir continuer à exercer son métier avec ses enfants dans sa vie, et des conditions qui le permettent.

Taylor Townsend, en tenue blanche, tient une raquette bleue devant une paroi verte
Taylor Townsend · photographie diffusée par Yonex
Photographe et date de prise de vue non indiqués.
Taylor TownsendÉtats-Unis · TennisVoyager, jouer, puis rentrer

La césarienne n’était pas prévue. Pour Taylor Townsend, cette opération change la récupération et oblige à modifier le projet de retour au tennis. Son fils Adyn naît le 14 mars 2021. Avant les premiers matchs, il y a donc un corps à accompagner après une intervention, un nouveau quotidien à apprivoiser et une préparation à réorganiser. La reprise ne peut pas simplement suivre le calendrier imaginé pendant la grossesse.

Taylor donne une place importante à John Williams, son entraîneur de cette période. Il prépare les étapes et reste à ses côtés dans ce travail. Ce soutien a quelque chose de concret : quelqu’un connaît le projet, le suit, l’adapte. Taylor ne raconte pas un retour acquis d’avance. Il faut construire les conditions de son métier alors qu’elle découvre aussi la vie avec son enfant.

Elle retrouve la compétition en avril 2022, plus d’un an après la naissance. Les premiers tournois se jouent sur le circuit ITF. À Roland-Garros, en mai, elle décrit un changement dans son rapport aux résultats : Adyn est heureux de la voir et de lui parler, qu’elle ait gagné ou perdu. La défaite ne disparaît pas ; elle ne prend plus toute la place dans la relation avec son fils. En septembre, Taylor atteint la finale du double de l’US Open avec Caty McNally.

Les années suivantes montrent aussi ce que la réussite laisse hors du cadre. En 2024, elle raconte avoir passé trois mois loin d’Adyn l’année précédente. Elle a traversé cette séparation, mais précise qu’elle ne souhaite pas la revivre. Pouvoir supporter une absence ne veut pas dire la choisir sans peine. Une carrière internationale pose cette question de nouveau à chaque tournée : combien de semaines partir, et comment ménager le retour ?

Taylor explique alors qu’elle peut parler ouvertement de sa fatigue avec son entraîneur. Le programme cherche à éviter l’épuisement. Jouer en simple et en double multiplie les engagements ; le double n’offre pas automatiquement des semaines plus légères. Dans ce travail de planification, la mère et la joueuse ont toutes deux besoin d’être entendues.

En janvier 2026, elle rapporte la question que son fils lui adresse à chaque départ : « Combien de jours ? » — traduction de ses mots anglais. Il grandit, comprend mieux les absences, et celles-ci deviennent plus difficiles, dit-elle. Ce petit nombre demandé avant un voyage raconte une autre mesure du temps que celle d’un match.

En septembre 2026, Taylor et Kateřina Siniaková remportent ensemble l’US Open et complètent leur collection des quatre titres du Grand Chelem. C’est une étape majeure de leur histoire sportive. Celle de Taylor continue aussi au-delà du trophée, dans la manière de préparer la prochaine tournée et de faire une place au temps avec Adyn.

Ces récits mettent en lumière des expériences personnelles, des entourages et des moyens différents. Le retour n’a pas une seule forme.