
Faith KipyegonKenya · AthlétismeReconstruire avant de recourir
Vingt minutes. Deux minutes à courir, une minute à marcher, puis recommencer. Au début de 2019, la première séance de reprise de Faith Kipyegon tient dans cette alternance. Elle a déjà remporté l’or olympique et un titre mondial sur 1 500 mètres. Pourtant, les jambes ne répondent plus comme avant. Elle racontera que cet effort lui a fait mal. Il lui faut repartir de là, avec ce corps qui vient de porter un enfant.
Sa fille Alyn est née en juin 2018, par césarienne. Elle prend huit mois de repos après la naissance, pendant lesquels elle allaite. Lorsqu’elle reprend, la fatigue accompagne les sorties. Le programme préparé par Patrick Sang tient compte de ce retour, mais certaines séances restent difficiles à terminer. Trois rendez-vous de renforcement par semaine viennent soutenir la reconstruction. Les progrès se font avant le retour du chronomètre et des applaudissements.
Une séance terminée ne clôt pas la journée. De retour à la maison, Faith aimerait dormir ; Alyn a besoin d’elle. La récupération et les soins à l’enfant doivent trouver leur place dans les mêmes heures. Des proches prennent le relais pour la garde. Dans cette organisation, le repos de la sportive dépend aussi du temps que d’autres peuvent lui donner. Derrière le mot entourage, il y a cette aide très concrète.
À cette première reprise, elle vit à Eldoret, où elle s’est installée pour bénéficier d’un soutien familial. Le camp de Kaptagat se trouve à environ quarante-cinq minutes. En 2019, elle rentre le soir auprès de sa fille. Plus tard, l’organisation change : lorsqu’elle revient sur son parcours en 2023, elle décrit les semaines passées au camp, du lundi au samedi, et le peu de temps restant avec Alyn. Son mari Timothy Kitum et Sarah, sa nounou, occupent une place essentielle. Avoir repris ne signifie donc pas avoir réglé une fois pour toutes la question de la séparation.
En juin 2019, à Stanford, elle gagne sa première course de retour. Puis vient l’argent mondial à Doha. Ces résultats racontent l’aboutissement d’un travail ; ils ne disent pas, à eux seuls, le prix des journées qui les ont précédés. Le suivi continue aussi après les médailles : avec Sang, la préparation sera encore ajustée au fil des saisons, notamment après une fracture de fatigue en 2019.
Alyn grandit avec cette vie particulière. Avant les courses, Faith et sa fille échangent : sa fille lui souhaite bonne chance et attend du chocolat au retour, ainsi qu’une médaille d’or. Une demande d’enfant, à hauteur d’enfant. Entre la piste et la maison, la championne poursuit son chemin avec une famille dont les besoins évoluent, et des relais qui rendent ce chemin possible.


